regimes-et-caisses

CIPAV : cotisations, classes et prestations 2026

Par Julien Vasseur 9 min de lecture
Stylo posé sur un carnet à spirale ouvert, ambiance bureau pour le calcul des cotisations

CIPAV : cotisations, classes et prestations 2026

La CIPAV est la caisse fourre-tout d’une vingtaine de professions libérales non réglementées : architectes, psychologues, ostéopathes, moniteurs de ski, consultants, ingénieurs-conseils… Concrètement, ça donne quoi ? Une caisse qui doit gérer des profils de revenus et de risques très hétérogènes avec un régime unique, et qui, malgré des cotisations loin d’être négligeables, reste l’une des moins protectrices en cas d’arrêt de travail, d’invalidité ou de décès.

Voici comment se décompose réellement votre cotisation CIPAV, et ce que le choix de classe change (ou ne change plus) sur vos prestations.

Qui cotise à la CIPAV ?

La CIPAV regroupe des professions libérales non réglementées aussi diverses que les architectes, les psychologues, les ostéopathes, les moniteurs de ski, les guides de haute montagne, les consultants ou les ingénieurs-conseils. Le point commun : aucune de ces professions ne dispose de sa propre caisse sectorielle comme la CARMF pour les médecins ou la CARPIMKO pour les infirmiers et kinés, donc l’affiliation à la CIPAV découle directement du code d’activité déclaré à l’installation, sans possibilité de choisir une autre caisse.

Un point souvent ignoré : même une année de revenu nul ou très faible ne dispense pas d’une cotisation minimale, de l’ordre de 480 €/an pour l’ensemble des trois briques. Une activité qui démarre lentement continue donc de générer une cotisation forfaitaire plancher, indépendamment du chiffre d’affaires réellement encaissé.

Trois cotisations distinctes sous un même nom

Cotiser à la CIPAV, c’est en réalité payer trois cotisations séparées, chacune avec ses propres règles :

BriqueTaux / mode de calculCe qu’elle finance
Retraite de baseProportionnel, deux tranches de revenuPension de base, gérée par la CNAVPL
Retraite complémentaireProportionnel, par tranches, converti en pointsPension complémentaire CIPAV
Invalidité-décès0,5 % du revenu (depuis 2023)Rente d’invalidité, capital décès, rente conjoint et orphelin

La retraite de base est pilotée par la CNAVPL, qui chapeaute les 10 sections professionnelles de manière quasi identique d’une caisse à l’autre. Les deux autres briques, en revanche, sont propres à la CIPAV et expliquent pourquoi cette caisse a une réputation de couverture minimale.

La retraite de base : deux tranches de revenu

La cotisation de retraite de base se calcule sur deux tranches, comme pour la plupart des sections de la CNAVPL :

  • Tranche 1 : 8,73 % du revenu professionnel, jusqu’au plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), soit 48 060 € en 2026.
  • Tranche 2 : 1,87 % du revenu compris entre 1 et 5 PASS, soit jusqu’à 240 300 €.

La retraite complémentaire : un système par points

La cotisation complémentaire CIPAV se calcule elle aussi de façon proportionnelle, avec un taux qui augmente par tranches de revenu (de l’ordre de 11 % à un peu plus de 20 % selon la tranche atteinte). Chaque euro cotisé se convertit en points retraite, selon une valeur d’achat et une valeur de service fixées chaque année par le conseil d’administration de la caisse. C’est le nombre de points accumulés sur toute la carrière qui détermine, in fine, le montant de la pension complémentaire versée au moment du départ à la retraite.

Cette mécanique par points est distincte du régime de base et propre à chaque section professionnelle : un architecte CIPAV et un kiné CARPIMKO cotisent au même taux de base, mais leur retraite complémentaire suit des règles totalement différentes, propres à leur caisse.

L’invalidité-décès : la réforme 2023 qui a changé la donne

C’est la brique la plus mal comprise, et celle qui intéresse le plus directement votre protection en cas de coup dur. Jusqu’au 31 décembre 2022, la cotisation invalidité-décès CIPAV était forfaitaire par classe : environ 76 € en classe A, 228 € en classe B, 380 € en classe C, indépendamment du revenu réel.

Depuis le 1er janvier 2023, cette cotisation est devenue proportionnelle au revenu professionnel, au taux unique de 0,5 %. Faites le calcul : un psychologue déclarant 35 000 € de revenu paie environ 175 €/an au titre de l’invalidité-décès, contre un forfait fixe auparavant.

Le choix de classe (A, obligatoire au minimum ; B ou C en option, modifiable seulement au-delà de la troisième année d’affiliation) continue en revanche de déterminer le niveau de vos prestations en cas d’invalidité ou de décès :

ClasseRente invalidité partielle (66 %)Rente invalidité totale (100 %)Capital décès
Classe A289,33 €/mois438,33 €/mois15 780 €
Classe B867,91 €/mois1 315,00 €/mois47 340 €
Classe C1 446,50 €/mois2 191,67 €/mois78 900 €

Le piège classique, c’est de croire qu’augmenter sa cotisation en optant pour la classe C fait mécaniquement grimper la protection à un niveau confortable. En classe C, même la rente d’invalidité totale (2 191,67 €/mois) reste souvent inférieure au revenu net d’un professionnel bien installé, et surtout, elle n’est due qu’à partir d’un taux d’invalidité reconnu de 66 % au minimum. Le détail complet des garanties et de leurs conditions est sur la page dédiée à la CIPAV.

Aucune indemnité journalière, quelle que soit la classe

Sur le terrain, je vois trop de pros affiliés à la CIPAV qui pensent que cotiser en classe B ou C leur ouvre droit à des indemnités journalières en cas d’arrêt court ou moyen. Ce n’est jamais le cas : la CIPAV ne verse aucune indemnité journalière, à aucune classe. Seules les IJ de la CPAM interviennent, pendant les 90 premiers jours d’arrêt, sur une base de 50 % du revenu plafonné. Passé ce délai, il faut être reconnu invalide à 66 % pour toucher une rente, et rien ne comble ce trou en dessous de ce seuil, quelle que soit la classe cotisée. Le détail de ce que la caisse couvre réellement en cas d’arrêt est développé dans notre comparatif des principales caisses de prévoyance libérales, où la CIPAV figure systématiquement en bas de tableau, et dans l’analyse chiffrée de la couverture prévoyance CIPAV article par article.

Pour la brique invalidité proprement dite, le mécanisme de calcul appliqué par la plupart des caisses libérales, y compris la CIPAV, repose sur un barème croisé fonctionnel et professionnel. Il diffère du calendrier CARMF, par exemple, qui prévoit un relais dès le 91e jour avec ses propres délais et montants d’indemnités journalières : la CARMF verse un forfait dès ce seuil, la CIPAV ne verse rien tant que le seuil d’invalidité de 66 % n’est pas atteint.

Combien coûte réellement la CIPAV pour un revenu donné ?

Prenons un ostéopathe qui déclare 40 000 € de revenu net imposable :

  • Retraite de base : 40 000 € étant sous le PASS, la cotisation tranche 1 s’élève à environ 3 492 € (8,73 %).
  • Retraite complémentaire : selon la tranche atteinte, comptez de l’ordre de 4 500 à 6 000 € par an, converti en points.
  • Invalidité-décès : 200 € (0,5 % de 40 000 €) en classe A. En classe C, le montant réel dépend du barème appliqué par la caisse au-delà du taux de base.

Au total, la cotisation CIPAV représente une part significative du revenu, souvent supérieure à ce qu’un revenu équivalent générerait dans une caisse à cotisation moins segmentée. C’est un point de friction régulier chez les affiliés CIPAV : cotiser proportionnellement beaucoup, pour une couverture invalidité-décès qui reste, elle, plafonnée par classe.

Peut-on changer de classe en cours d’affiliation ?

Oui, mais pas à tout moment. Le passage vers la classe B ou C, ou le retour vers une classe inférieure, n’est possible qu’au-delà de la troisième année d’affiliation à la CIPAV. La classe A reste le minimum obligatoire dès l’affiliation.

La cotisation invalidité-décès est-elle proportionnelle même en classe C ?

Oui. Depuis la réforme du 1er janvier 2023, le taux de 0,5 % s’applique quelle que soit la classe choisie : c’est le niveau des prestations en cas d’invalidité ou de décès qui varie selon la classe, pas le principe de proportionnalité de la cotisation elle-même.

Le verdict de Julien

Le taux de cotisation à la CIPAV n’est pas anormalement bas comparé aux autres caisses libérales. Le vrai problème, c’est le rapport entre ce qui est prélevé et ce qui est versé en cas de coup dur : zéro indemnité journalière avant le 91e jour au-delà des IJ CPAM, une rente d’invalidité qui reste modeste même en classe C, et un capital décès souvent insuffisant pour protéger une famille. Pour toute profession affiliée à la CIPAV, la conclusion est la même : monter en classe B ou C sans compléter par une prévoyance individuelle laisse un trou de couverture que la caisse ne comblera jamais. Le calibrage précis dépend du métier : voyez notre guide de la prévoyance par profession pour la déclinaison selon votre activité.

En résumé

  • La cotisation CIPAV se décompose en trois briques distinctes : retraite de base, retraite complémentaire, invalidité-décès.
  • Depuis le 1er janvier 2023, la cotisation invalidité-décès est proportionnelle au revenu (0,5 %), et non plus forfaitaire par classe.
  • Le choix de classe (A, B ou C) continue de déterminer le niveau des prestations en cas d’invalidité ou de décès, pas le mode de calcul de la cotisation.
  • Aucune classe, même C, n’ouvre droit à une indemnité journalière : la CIPAV n’en verse jamais.
  • Le changement de classe n’est possible qu’au-delà de la troisième année d’affiliation.

Julien Vasseur

Conseiller en protection sociale des indépendants depuis 15 ans.