Prévoyance par profession libérale : le guide selon votre métier
Prévoyance par profession libérale : le guide selon votre métier
Il n’existe pas une seule prévoyance des professions libérales : il en existe autant que de métiers. La raison est simple : chaque profession libérale dépend d’une caisse différente, et chaque caisse couvre les arrêts de travail, l’invalidité et le décès à sa façon. Un médecin n’a pas les mêmes trous de garantie qu’un kiné ou qu’un psychologue.
Ce guide vous aiguille vers les réflexes propres à votre métier. Commençons par le principe commun à tous.
Le point commun à toutes les professions libérales : un régime obligatoire insuffisant

Quel que soit votre métier, votre régime obligatoire pose un plancher de protection, jamais une couverture complète. Sur le terrain, je vois trop de pros qui découvrent ce trou au moment où ils en ont le plus besoin : pendant un arrêt prolongé.
Depuis la réforme de 2021-2022, la plupart des professions libérales réglementées bénéficient d’indemnités journalières de la CPAM pendant les 90 premiers jours d’arrêt (plafonnées à 197,51 €/jour en 2026). Mais :
- Après le 90e jour, c’est votre caisse qui prend (ou pas) le relais, souvent à un montant bien plus faible.
- Les charges fixes professionnelles continuent de courir pendant l’arrêt.
- Le capital décès et la rente d’invalidité obligatoires sont souvent symboliques.
Pour comprendre le mécanisme général avant de plonger dans votre métier, voyez comment choisir sa prévoyance TNS et le comparatif des garanties par caisse.
Professions de santé
Médecins (CARMF)
La CARMF ne verse des IJ qu’à partir du 91e jour, de 34,67 à 136 €/jour selon la classe de cotisation. Capital décès de 70 000 €. Le trou des 90 premiers jours et le calibrage de la classe sont les deux points à travailler, comme détaillé dans le pack d’assurances du médecin libéral (RCP, prévoyance, locaux).
Chirurgiens-dentistes (CARCDSF)
Profession gestuelle par excellence : une atteinte à la main peut stopper l’activité. Le barème croisé d’invalidité y est déterminant. Voir la couverture du chirurgien-dentiste, qui détaille la RCP obligatoire et le trou de couverture face au coût d’un plateau technique.
Sages-femmes (CARCDSF)
La CARCDSF verse un forfait de 49,70 €/jour seulement à partir du 91e jour. Avant : IJ CPAM. La maternité de la sage-femme elle-même est un sujet spécifique. Voir la prévoyance de la sage-femme libérale.
Pharmaciens (CAVP)
La CAVP ne verse aucune IJ en cas d’arrêt, seulement les IJ CPAM (depuis juillet 2021). Capital décès de base : 25 308 €. Pour un titulaire endetté par le rachat de l’officine, la prévoyance complémentaire est vitale. Voir la prévoyance du pharmacien.
Infirmiers et kinés (CARPIMKO)
La CARPIMKO verse 55,44 €/jour à partir du 91e jour (l’une des meilleures bases, mais loin du revenu réel). Métiers physiques, exposés au mal de dos et à l’usure. Voir la prévoyance de l’infirmière libérale, le calcul détaillé du manque à gagner en arrêt de travail pour une IDEL ou, pour le pack d’assurances complet de l’IDEL (RCP, auto, prévoyance), l’assurance infirmière libérale. Pour le détail propre au kiné, notamment l’enjeu de l’invalidité partielle des mains, voir la prévoyance du kiné libéral.
Orthophonistes (CARPIMKO)
Même caisse que les kinés et infirmiers, mais une activité moins physique. Le risque principal reste l’arrêt long et l’invalidité.
Vétérinaires (CARPV)
Profession exposée aux accidents (morsures, manipulation d’animaux) avec une caisse aux prestations limitées. Voir la prévoyance du vétérinaire pour le détail des montants CARPV et du trou de garantie après 90 jours, et l’assurance du cabinet vétérinaire pour la RC pro, la multirisque et ce qui distingue ces contrats de la protection personnelle du praticien.
Professions du droit et du chiffre
Avocats (CNBF)
Le CNBF a son propre régime, avec des IJ versées dès le 8e jour (une particularité parmi les caisses libérales).
Notaires (CPRN)
Aucune IJ, un forfait d’invalidité réservé aux cas totaux, et un enjeu propre à la profession : protéger l’office autant que le titulaire. Le détail est dans la prévoyance du notaire.
Experts-comptables (CAVEC)
IJ à partir du 91e jour. La problématique de l’homme clé et de la transmission du cabinet est centrale. Voir la prévoyance de l’expert-comptable.
Professions du cadre de vie et professions non réglementées (CIPAV)
La CIPAV est la caisse qui offre le moins en matière de prévoyance obligatoire : aucune IJ substantielle au-delà des 90 jours CPAM. Pour ces professions, la prévoyance individuelle est quasi indispensable.
Architectes (CIPAV)
Au-delà de la RC décennale obligatoire, l’architecte n’a quasiment aucune couverture d’arrêt de travail via sa caisse. Voir la prévoyance de l’architecte pour le détail du trou de couverture et son calibrage.
Psychologues (CIPAV)
Profession non réglementée, caisse minimaliste : le besoin de prévoyance est maximal. Voir la prévoyance du psychologue libéral et, pour le reste du pack (RCP, multirisque, protection juridique), l’assurance professionnelle du psychologue.
Ostéopathes (CIPAV)
Métier gestuel non remboursé, exposé à l’usure articulaire, avec une caisse CIPAV peu protectrice.
Autres indépendants
Chauffeurs de taxi (SSI)
Relevant de la SSI, exposés à un risque routier élevé et à des charges fixes lourdes (véhicule, licence).

Le réflexe commun, quel que soit votre métier
Trois questions à se poser, peu importe la profession :
- À partir de quel jour ma caisse verse-t-elle, et combien ? C’est la base du calibrage de la franchise.
- Mes charges fixes professionnelles sont-elles couvertes ? Si vous avez un local, du matériel, du personnel, regardez la garantie frais généraux permanents.
- Le barème d’invalidité tient-il compte de mon métier spécifique ? Crucial pour les professions gestuelles, voir le barème croisé d’invalidité.
Choisir une prévoyance adaptée à son métier, ce n’est pas prendre le contrat le moins cher : c’est combler le trou précis que laisse votre caisse.
Julien Vasseur
Conseiller en protection sociale des indépendants depuis 15 ans.