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IDEL en arrêt de travail : indemnités CARPIMKO et prévoyance

Par Julien Vasseur 8 min de lecture
Stéthoscope posé à côté d'un porte-bloc vierge et de médicaments, symbole de l'arrêt de travail

Une infirmière libérale en arrêt de travail perçoit trois niveaux d’indemnisation successifs : rien pendant 3 jours, une indemnité CPAM calculée sur son revenu du 4e au 90e jour, puis une indemnité CARPIMKO forfaitaire à partir du 91e jour. Le calcul que personne ne fait, c’est l’écart réel entre ce revenu de remplacement et le revenu d’activité perdu. Voici les montants 2026 et un exemple chiffré complet.

Jours 1 à 3 : la carence, sans exception

Comme pour tous les indépendants relevant du régime des professions libérales, aucune indemnité n’est versée sur les trois premiers jours d’arrêt, quel que soit le motif médical. C’est une franchise fixe, non négociable, non réductible par un contrat de prévoyance individuel classique (certains contrats haut de gamme proposent une franchise raccourcie, à un coût de cotisation nettement supérieur).

Jours 4 à 90 : l’indemnité journalière de la CPAM

Du 4e au 90e jour d’arrêt, la CPAM verse une indemnité journalière correspondant à 50 % du revenu d’activité moyen de l’infirmière libérale, calculé sur les trois dernières années, dans la limite d’un plafond fixé à 197,50 €/jour en 2026. Pour la grande majorité des IDEL, dont le revenu net se situe largement sous ce plafond, l’indemnité réelle correspond donc à la moitié du revenu net habituel, pas au montant plafond souvent mis en avant.

Jour 91 et au-delà : le relais de la CARPIMKO

À partir du 91e jour, la CPAM cesse de verser des indemnités et la CARPIMKO prend le relais avec une indemnité journalière forfaitaire de 55,44 € en 2026, identique pour toutes les infirmières libérales quel que soit leur niveau de revenu. Cette indemnité est versée jusqu’au 1 095e jour d’arrêt (3 ans), avec un montant réduit à 27,72 €/jour en cas de reprise en mi-temps thérapeutique.

Le piège classique, c’est de comparer ce montant au plafond CPAM de 197,50 €/jour et d’en déduire une chute brutale des revenus au 91e jour. En réalité, la vraie rupture a souvent déjà eu lieu avant : l’indemnité CPAM des trois premiers mois, calculée à 50 % du revenu réel, est déjà inférieure au revenu net habituel. Le passage à la CARPIMKO ajoute un second forfait, mais il n’est identique à celui de la CPAM que pour les revenus les plus modestes.

Infirmière libérale en arrêt de travail : le vrai manque à gagner, calcul concret

Prenons une infirmière libérale qui facture 4 500 € d’honoraires bruts par mois, avec un taux de charges de 55 %, soit un revenu net d’environ 2 000 €/mois, ou 65,75 €/jour. Faites le calcul sur un arrêt de 4 mois (120 jours) :

PériodeJoursIndemnité perçueManque à gagner
Jours 1 à 3 (carence)30 €~197 €
Jours 4 à 90 (CPAM, 50 % du revenu)87~32,90 €/j~2 860 €
Jours 91 à 120 (CARPIMKO forfaitaire)3055,44 €/j~310 €
Total sur 4 mois120~3 370 €

Ce manque à gagner de 3 370 € ne compte ni les charges du cabinet qui continuent de tomber (loyer, remplaçant éventuel, assurances), ni la perte de patientèle si la tournée est reprise par une consœur pendant l’arrêt. Sur un arrêt plus long, l’écart se creuse encore, puisque le forfait CARPIMKO reste fixe quel que soit le revenu antérieur.

Et en cas d’invalidité reconnue ?

Si l’incapacité se prolonge au-delà de 3 ans sans reprise possible de l’activité, la CARPIMKO peut reconnaître une invalidité. La rente versée est de 20 160 €/an en invalidité totale et de 10 080 €/an en invalidité partielle, quel que soit le niveau de revenu antérieur. Pour une infirmière qui générait 24 000 € de revenu net annuel avant son arrêt, la rente d’invalidité totale couvre l’essentiel du revenu perdu ; pour une IDEL à revenu plus élevé, l’écart peut être bien plus marqué.

Comment combler ce trou avec une prévoyance individuelle

Concrètement, ça donne quoi comme solution ? Un contrat de prévoyance individuel Madelin, calibré sur le revenu réel de l’IDEL et non sur un montant standard, permet de verser une indemnité journalière complémentaire dès le 4e jour (parfois dès le 1er, selon la franchise choisie) qui vient s’ajouter aux prestations CPAM puis CARPIMKO. L’objectif n’est pas de dupliquer la couverture obligatoire, mais de combler précisément l’écart calculé plus haut : viser une indemnité complémentaire de l’ordre de 25 à 35 €/jour pendant les 90 premiers jours suffit déjà à ramener le revenu de remplacement proche du revenu réel pour un profil de revenu moyen.

Sur le terrain, je vois trop de IDEL qui souscrivent une prévoyance sur un montant forfaitaire proposé par défaut par l’assureur, sans avoir fait ce calcul au préalable. Résultat : soit elles paient pour une garantie surdimensionnée, soit elles découvrent le trou réel au moment de l’arrêt, quand il est trop tard pour ajuster le contrat.

Pour comprendre l’ensemble du pack d’assurances d’une infirmière libérale (RCP, auto, prévoyance) et où se situe vraiment le risque financier, voir notre article sur l’assurance professionnelle de l’infirmière libérale. Pour le détail des cotisations et prestations de la caisse, notre guide CARPIMKO cotisations et prestations complète ces chiffres.

Faut-il déclarer son arrêt à la CARPIMKO en plus de la CPAM ?

Oui, les deux déclarations sont distinctes et obligatoires. L’arrêt de travail prescrit par le médecin traitant est transmis à la CPAM pour le versement des IJ des 90 premiers jours. Passé ce délai, c’est à l’infirmière libérale (ou son remplaçant administratif) de signaler l’arrêt à la CARPIMKO pour déclencher le versement de l’indemnité forfaitaire, avec un dossier médical complémentaire souvent demandé par le service invalidité-décès de la caisse.

Ce qu’il faut retenir

  • 3 jours de carence sans indemnité, incompressibles pour toutes les IDEL.
  • Jours 4 à 90 : CPAM verse 50 % du revenu réel, plafonné à 197,50 €/jour en 2026.
  • Jour 91 et au-delà : CARPIMKO verse un forfait de 55,44 €/jour, identique quel que soit le revenu.
  • Sur un arrêt de 4 mois à revenu moyen, le manque à gagner cumulé avoisine 3 300 à 3 500 €.
  • Une prévoyance individuelle calibrée sur ce calcul, pas sur un forfait standard, comble le trou réel.

Pour une vision d’ensemble de la prévoyance par métier, notre guide prévoyance par profession et l’exemple comparable d’une autre profession paramédicale dans notre article sur la prévoyance de la sage-femme libérale permettent de mettre ces chiffres en perspective. Le régime obligatoire complet de la caisse est détaillé sur notre page CARPIMKO.

Julien Vasseur

Conseiller en protection sociale des indépendants depuis 15 ans.