CARMF : indemnités journalières du médecin et le trou des 90 jours
CARMF : indemnités journalières du médecin et le trou des 90 jours
La CARMF (Caisse autonome de retraite des médecins de France) a une particularité que tout médecin libéral devrait connaître par cœur : elle ne verse des indemnités journalières qu’à partir du 91e jour d’arrêt. Avant, c’est le vide — ou presque. Cette faille des 90 premiers jours est le point que j’explique en priorité à chaque médecin que je conseille.
Le régime IJ de la CARMF en détail
Avant le 91e jour : le relais CPAM
Depuis la réforme de 2021, les médecins libéraux bénéficient des indemnités journalières de l’Assurance maladie (CPAM) pendant les 90 premiers jours d’arrêt, après une carence de 3 jours. Le montant est calculé sur le revenu, plafonné (jusqu’à environ 197,51 €/jour en 2026). C’est un progrès, mais ce relais s’arrête net à 90 jours.
À partir du 91e jour : les IJ CARMF
La CARMF prend alors le relais avec un montant qui dépend de votre classe de cotisation :
| Classe | IJ journalière (ordre de grandeur 2026) |
|---|---|
| Classe A (la plus basse) | ~34,67 €/j |
| Classe intermédiaire | montants progressifs |
| Classe C (la plus haute) | ~136 €/j |
Soit, en classe haute, environ 4 080 €/mois — et en classe basse, à peine plus de 1 000 €/mois. Le médecin choisit sa classe via ses cotisations : plus on cotise, plus on perçoit en cas d’arrêt.

La vraie faille : les 90 premiers jours
Contrairement à une idée répandue, le problème n’est plus tant l’absence d’IJ avant le 91e jour (la CPAM couvre désormais) que l’insuffisance du montant sur toute la durée. Un médecin qui gagne 10 000 €/mois et tombe à 197,51 €/j (CPAM) puis au forfait de sa classe CARMF subit une chute brutale de revenus, alors que les charges du cabinet continuent.
Deux trous à combler :
- L’écart entre l’IJ caisse et le revenu réel, sur toute la durée de l’arrêt.
- Les charges fixes du cabinet (loyer, secrétariat, charges sociales), jamais couvertes par les IJ — d’où la garantie frais généraux permanents.
Comment combler avec une prévoyance complémentaire
La prévoyance complémentaire du médecin vise à :
- Verser des IJ qui complètent le forfait CARMF jusqu’au revenu réel.
- Couvrir les charges fixes via la garantie frais généraux.
- Prendre le relais en rente d’invalidité au-delà de 3 ans d’arrêt, avec un barème croisé adapté aux gestes médicaux.
Le calibrage exact dépend de votre classe CARMF et de votre revenu. Le mécanisme de relais est détaillé dans que se passe-t-il après 90 jours d’arrêt en profession libérale, et le panorama des offres dédiées dans le comparatif prévoyance médecin.
La classe CARMF : un arbitrage à connaître
Cotiser en classe haute (C) offre de meilleures IJ, mais à un coût élevé. Beaucoup de médecins préfèrent cotiser en classe basse et souscrire une prévoyance complémentaire plus souple et mieux calibrée. C’est souvent le meilleur arbitrage : la prévoyance privée s’adapte à votre revenu réel, là où le forfait CARMF reste rigide.

Questions fréquentes
Puis-je changer de classe CARMF ? La classe dépend de vos revenus et de règles propres à la CARMF. Renseignez-vous auprès d’elle sur les modalités. L’arbitrage classe vs prévoyance complémentaire mérite un calcul personnalisé.
Les IJ CARMF sont-elles imposables ? Oui, comme tout revenu de remplacement. Les IJ d’un contrat complémentaire Madelin le sont aussi.
La CARMF couvre-t-elle l’invalidité et le décès ? Oui, la CARMF verse une rente d’invalidité et un capital décès (de l’ordre de 70 000 €), mais là encore à des montants limités au regard du niveau de vie d’un médecin. La complémentaire reste nécessaire.
Julien Vasseur
Conseiller en protection sociale des indépendants depuis 15 ans.