Par profession

Combien gagne un kiné libéral ? Revenus et charges réelles

Par Julien Vasseur 9 min de lecture
Calculatrice, lunettes et enveloppe sur un bureau pour estimer le revenu net d'un kiné libéral

Combien gagne un kiné libéral ? Revenus et charges réelles

Le chiffre d’affaires affiché sur le relevé de facturation d’un kiné libéral ne dit rien de ce qui reste réellement en fin de mois. Entre les honoraires encaissés, les charges de cabinet, les cotisations CARPIMKO et URSSAF, et le régime fiscal choisi, l’écart entre le brut et le net dépasse largement ce que la plupart des simulateurs en ligne affichent. Faites le calcul avant de vous fixer un objectif de chiffre d’affaires : c’est le revenu net, pas le brut facturé, qui doit servir de base pour calibrer un budget personnel ou une prévoyance.

Ce que montrent les données réelles de la profession

Selon les données UNASA (Union nationale des associations agréées), un kiné titulaire dégage en moyenne 85 282 € de recettes annuelles pour un bénéfice non commercial de 40 701 €, la médiane se situant plus bas, à 31 356 €. Un kiné remplaçant, avec un volume d’activité et une structure de charges différents, affiche des chiffres plus modestes : 59 939 € de recettes pour un bénéfice moyen de 29 796 €.

Dans les deux cas, le bénéfice représente environ 47 à 50 % des recettes brutes : la moitié du chiffre d’affaires part en charges professionnelles et cotisations sociales avant même de parler d’impôt sur le revenu.

Titulaire, remplaçant, collaborateur : trois structures de revenu différentes

L’écart entre un titulaire et un remplaçant ne tient pas qu’au volume d’activité. Un titulaire supporte seul le loyer du cabinet, l’amortissement du matériel de rééducation et, souvent, une secrétaire ou un logiciel de facturation, mais conserve l’intégralité des honoraires facturés. Un remplaçant reverse une rétrocession, généralement comprise entre 25 et 30 % des honoraires encaissés, au titulaire dont il occupe le cabinet, en échange de l’accès au matériel et à la patientèle, sans avoir à porter les charges fixes du local.

Un collaborateur libéral, statut intermédiaire, exerce dans le cabinet d’un titulaire sans lien de subordination et sans rétrocession identique à celle d’un remplaçant : les modalités financières se négocient contrat par contrat, mais reposent presque toujours sur un partage des charges communes plutôt qu’un simple reversement d’honoraires. Ces trois structures affichent des cotisations CARPIMKO identiques, calculées sur le revenu professionnel réel quel que soit le statut, mais des charges professionnelles très différentes d’un profil à l’autre.

Le calcul en cascade : des honoraires bruts au revenu net

Les charges professionnelles

Avant les cotisations sociales, un cabinet de kinésithérapie génère des charges d’exploitation : loyer ou charges de copropriété, amortissement ou location du matériel de rééducation, frais de comptabilité, assurance RCP et multirisque, cotisation ordinale. Ces postes représentent en général 15 à 20 % des honoraires bruts pour un cabinet fixe, davantage pour un kiné qui investit dans un plateau technique complet (électrothérapie, ondes de choc).

Poste de chargeMontant annuel indicatif
Loyer ou charges de local3 000 à 9 000 €
Matériel de rééducation (amortissement)1 500 à 4 000 €
Assurance RCP et multirisque400 à 650 €
Frais de comptabilité800 à 1 500 €
Cotisation ordinale100 à 150 €

Ces montants varient fortement selon la présence ou non d’un local propre, l’ancienneté du plateau technique et le recours à une secrétaire, mais donnent un ordre de grandeur avant même de regarder les cotisations sociales.

Les cotisations CARPIMKO et URSSAF

C’est le bloc le plus lourd, et celui que la plupart des simulateurs résument en un pourcentage global sans le détailler. Depuis la réforme du 1er janvier 2026, la CARPIMKO se décompose en trois cotisations distinctes :

  • Régime de base : 8,73 % du revenu professionnel, sur un revenu compris entre 845,86 € et 62 478 €.
  • Régime complémentaire : 8,70 % du revenu, intégralement proportionnel depuis la réforme, appliqué entre 24 030 € et 144 180 € (barème 2026).
  • Invalidité-décès : cotisation forfaitaire de 1 022 € par an, identique quel que soit le revenu.

À ces trois lignes CARPIMKO s’ajoutent les cotisations URSSAF (maladie-maternité, CSG-CRDS, allocations familiales, formation professionnelle), généralement plus légères pour un professionnel de santé conventionné que pour d’autres indépendants, la part maladie-maternité étant en grande partie déjà couverte par la convention. Le détail complet des trois régimes CARPIMKO, y compris ce qu’ils financent en cas d’arrêt ou de décès, est développé dans le guide cotisations et prestations CARPIMKO.

Le revenu net disponible : un exemple chiffré

Prenons un kiné qui facture 6 000 € d’honoraires bruts par mois (72 000 €/an), avec un taux de charges global (professionnelles et sociales confondues) de l’ordre de 55 %. Son revenu net disponible ressort à environ 2 700 € par mois, soit 32 400 € par an, un chiffre proche de la moyenne UNASA rapportée au mois. C’est ce montant, pas le chiffre d’affaires facturé, qui doit servir de référence pour fixer un budget personnel, une capacité d’emprunt ou le montant d’une indemnité journalière de prévoyance à viser.

Micro-BNC ou déclaration contrôlée : un choix qui se pose vite

Le régime micro-BNC, ouvert jusqu’à 83 600 € de recettes annuelles en 2026, applique un abattement forfaitaire automatique de 34 % pour déterminer le bénéfice imposable. Il séduit par sa simplicité, mais un kiné titulaire au revenu moyen de la profession (85 282 € de recettes selon l’UNASA) dépasse déjà ce plafond : pour la majorité des cabinets installés depuis quelques années, la déclaration contrôlée n’est pas une option parmi d’autres, elle s’impose mécaniquement dès que l’activité atteint son rythme de croisière.

C’est aussi la déclaration contrôlée qui ouvre l’accès à la déduction Madelin : impossible de déduire une cotisation de prévoyance ou de mutuelle du bénéfice imposable en micro-BNC. Un kiné qui débute sous le seuil micro peut malgré tout opter volontairement pour le régime réel afin de conserver cet avantage fiscal, un arbitrage à faire avec son expert-comptable dès que le volume de charges réelles ou le montant des cotisations prévoyance le justifie.

Pourquoi un arrêt de 3 mois fait si mal à cette trésorerie

C’est le point que la quasi-totalité des guides sur le salaire du kiné passent sous silence : ce revenu net calculé mois après mois disparaît presque intégralement pendant un arrêt de travail, et pas de la façon qu’on imagine. Le régime obligatoire d’un kiné libéral s’articule en deux temps : 3 jours de carence, puis un relais de la CPAM du 4e au 90e jour à hauteur de 50 % du revenu d’activité réel, plafonné à 197,51 €/jour en 2026. Ce n’est qu’à partir du 91e jour que la CARPIMKO prend le relais, avec une indemnité journalière forfaitaire de 55,44 €/jour.

Sur la base du profil ci-dessus (revenu net de 2 700 €/mois, soit environ 88,77 €/jour), l’indemnité CPAM des jours 4 à 90 s’élève à environ 44,38 €/jour, largement sous le plafond. Sur 87 jours indemnisés, cela représente environ 3 861 €, contre 8 100 € de revenu net habituel sur la même période de trois mois : un manque à gagner d’environ 4 200 € sur le seul trimestre, cabinet fermé mais charges fixes qui continuent.

Le détail à retenir, et c’est le piège concret : un arrêt de 3 mois (environ 90 jours) se termine précisément au moment où la CARPIMKO prendrait le relais, sans jamais l’atteindre. Le kiné traverse donc l’intégralité de son arrêt sur le seul régime CPAM à 50 %, moins généreux au jour le jour que le forfait CARPIMKO (44,38 € contre 55,44 € dans cet exemple), sans bénéficier du filet qu’il pense pourtant avoir en tête. Le calcul détaillé du régime CARPIMKO et de ses deux paliers d’invalidité montre comment ce trou se prolonge au-delà du 91e jour pour un arrêt plus long.

Calibrer sa prévoyance sur le revenu net, pas sur le chiffre d’affaires

Le piège classique, c’est de fixer le montant d’une indemnité journalière de prévoyance sur le chiffre d’affaires facturé plutôt que sur le revenu net réel une fois charges et cotisations déduites. Un kiné qui vise une IJ complémentaire calculée sur 6 000 € de recettes mensuelles surestime largement ce dont il a besoin, et paie une cotisation inutilement élevée pour un niveau de couverture mal calibré. La méthode complète pour fixer ce montant, la franchise et la définition de l’invalidité est développée dans le guide pour bien choisir sa prévoyance TNS, transposable à l’exercice de la kinésithérapie, ainsi que dans le guide de la prévoyance par profession et la prévoyance de la sage-femme libérale pour situer le kiné parmi les arbitrages proches d’autres professions de santé. Pour le pack complet d’assurances utiles au cabinet (RCP, local, matériel), voir l’assurance du kiné libéral.

Conseils de pro

Sur le terrain, je vois trop de pros qui pilotent leur activité sur le chiffre d’affaires encaissé, un chiffre qui grimpe avec le nombre de séances mais qui ne dit rien du reste à vivre une fois les cotisations CARPIMKO prélevées. Le bon réflexe consiste à raisonner en revenu net trimestriel, pas mensuel : les cotisations sociales sont souvent régularisées avec un décalage d’un à deux ans par rapport au revenu réel, ce qui peut créer un rattrapage important les années de forte progression d’activité. Provisionner systématiquement une part du revenu net pour cette régularisation évite la mauvaise surprise, tout comme calculer sa capacité de cotisation prévoyance sur le revenu net moyen des trois dernières années plutôt que sur la meilleure année.

Questions fréquentes

Quel est le salaire net moyen d’un kiné libéral en 2026 ?

Selon les données UNASA, un kiné titulaire dégage en moyenne 40 701 € de bénéfice annuel pour 85 282 € de recettes, soit environ 3 400 €/mois avant impôt sur le revenu. La médiane se situe plus bas, autour de 31 356 € de bénéfice annuel, ce qui reflète une forte dispersion selon le volume d’activité et la région d’exercice.

Le régime micro-BNC est-il avantageux pour un kiné libéral ?

Rarement au-delà de la première année d’installation. Un kiné dont le revenu approche ou dépasse 83 600 € de recettes annuelles en 2026 sort automatiquement du régime micro-BNC, et perd surtout l’accès à la déduction Madelin, réservée à la déclaration contrôlée.

Le revenu net sert-il de base au calcul des indemnités journalières ?

Oui, pour la période CPAM des jours 4 à 90. L’indemnité est calculée sur le revenu d’activité réel du kiné, dans la limite du plafond de 197,51 €/jour en 2026, pas sur le chiffre d’affaires facturé.

Besoin d'y voir plus clair ?

Mettre ces chiffres en regard de votre situation

Votre caisse, vos revenus et vos charges changent le calcul. Demandez une étude personnalisée pour identifier les garanties réellement utiles.

Demander une étude personnalisée
Mascotte de La Prévoyance des Pros, le bouclier orange et bleu du site

La voix du site

Julien Vasseur

Julien Vasseur traduit les règles de protection sociale des indépendants en conséquences concrètes : délais, montants réellement versés et garanties à vérifier.

Pour aller plus loin

Lire aussi

Tous les articles