Kiné en arrêt de travail : ce que versent la CPAM et la CARPIMKO
Kiné en arrêt de travail : ce que versent la CPAM et la CARPIMKO
Oui, un kinésithérapeute libéral peut s’arrêter de travailler, et son régime obligatoire le couvre, mais pas depuis le premier jour et rarement à hauteur du revenu réel. Entre la carence, le relais CPAM et le forfait CARPIMKO, trois périodes distinctes s’enchaînent, chacune avec son propre montant. Voici, question par question, ce qu’un kiné touche vraiment à chaque étape.
Un kiné libéral peut-il s’arrêter de travailler ?
Oui, sans condition d’accord préalable d’un employeur puisqu’il n’y en a pas : un arrêt de travail prescrit par un médecin suffit à déclencher le mécanisme d’indemnisation, à condition de le déclarer à la CPAM dans les 48 heures. La seule vraie condition d’accès aux indemnités est d’avoir au moins 12 mois d’affiliation continue à la Sécurité sociale des indépendants. Un kiné qui vient de s’installer, ou un remplaçant en tout début d’activité, peut donc se retrouver sans indemnité du tout en cas d’arrêt précoce : ce cas particulier est détaillé dans le contrat de remplacement kiné et son trou de couverture en début d’activité.
Combien de jours de carence avant la première indemnité ?
Trois jours. La CPAM verse une indemnité journalière à partir du 4e jour d’arrêt, que l’arrêt soit lié à une maladie ou à un accident. Il n’existe pas de carence réduite pour un accident du travail chez un kiné libéral, contrairement à ce qui existe pour un salarié.
Combien touche un kiné du 4e au 90e jour d’arrêt ?
L’indemnité journalière versée par la CPAM correspond à 50 % du revenu professionnel moyen des trois dernières années, plafonnée à 197,51 €/jour en 2026, avec un minimum de 26,33 €/jour. Sur un revenu net de 3 600 €/mois, cela représente une indemnité journalière d’environ 62 €, soit un peu moins de 1 900 € sur un mois complet, largement en dessous du revenu net habituel. Une majoration de 8,06 €/jour s’ajoute par enfant à charge.
Que se passe-t-il à partir du 91e jour d’arrêt ?
La CARPIMKO prend le relais et verse une indemnité journalière forfaitaire de 55,44 €/jour, quel que soit le revenu antérieur du kiné, pour une durée maximale de 1 095 jours (3 ans). Ce montant forfaitaire ne suit pas le niveau de revenu réel : un kiné à fort chiffre d’affaires perçoit exactement la même chose qu’un kiné à faible activité. Il faut prévenir la CARPIMKO dans les 6 mois suivant le premier jour d’arrêt, sous peine de perdre le bénéfice de cette indemnité.
Que devient un arrêt de 90 jours pile ?
C’est le piège le plus fréquent : un arrêt qui s’arrête exactement au 90e jour ne touche jamais le relais CARPIMKO, puisque celui-ci ne démarre qu’au 91e. Le kiné traverse donc l’intégralité de son arrêt sur le seul régime CPAM à 50 % du revenu plafonné, sans bénéficier du filet forfaitaire qu’il pense pourtant avoir en tête. Le calcul détaillé de ce cas de figure sur un profil chiffré montre l’écart réel entre les deux régimes sur un même mois.
Que se passe-t-il après 3 ans d’arrêt continu ?
Si l’incapacité de travail persiste au-delà des 1 095 jours d’indemnisation, la CARPIMKO ne prolonge pas l’indemnité journalière : elle bascule, sous réserve de reconnaissance par la caisse, vers une rente d’invalidité versée dès le premier jour de la 4e année. Cette bascule n’est pas automatique : elle suppose que le taux d’incapacité atteigne le seuil de 66 % exigé par la CARPIMKO, un seuil qui laisse de côté nombre d’atteintes fonctionnelles aux mains, au dos ou aux épaules chez un kiné, sans jamais l’atteindre au sens strict de la caisse. Le mécanisme des deux paliers d’invalidité (partielle et totale) et ce piège de seuil sont détaillés dans la prévoyance du kiné libéral et le régime CARPIMKO.
Un kiné peut-il prolonger un arrêt de travail ?
Oui, sans limite de renouvellement tant qu’un médecin le justifie médicalement, et le mécanisme d’indemnisation continue de s’appliquer de la même façon : carence unique en début d’arrêt initial, puis continuité du relais CPAM ou CARPIMKO selon l’ancienneté de l’arrêt. Une reprise suivie d’une rechute liée à la même pathologie dans un délai rapproché peut, selon les cas, être traitée comme la continuation du même arrêt plutôt que comme un nouvel arrêt avec une nouvelle carence : à vérifier au cas par cas avec la CPAM.
Un kiné peut-il continuer à travailler à temps partiel pendant un arrêt ?
Non, en principe : un arrêt de travail suppose l’arrêt complet de l’activité professionnelle. Une reprise, même partielle, pendant la période d’arrêt expose à la suspension des indemnités journalières et, en cas de contrôle, à un signalement pour activité non déclarée pendant un arrêt indemnisé.
La prévoyance complémentaire change-t-elle quelque chose à ces délais ?
Non, elle ne réduit pas la carence de 3 jours ni le délai de 90 jours avant le relais CARPIMKO : une prévoyance individuelle fonctionne en parallèle du régime obligatoire, avec ses propres franchises et son propre mode de calcul (souvent indemnitaire, proportionnel au revenu réel plutôt que forfaitaire). Elle sert précisément à combler l’écart entre ce que versent la CPAM et la CARPIMKO et ce qu’il faut réellement pour maintenir son train de vie et les charges du cabinet, un écart chiffré dans le guide de la prévoyance par profession.
Que touche la famille en cas de décès du kiné en activité ?
La CARPIMKO verse un capital décès forfaitaire, dont le montant varie selon la classe de cotisation choisie et la situation familiale (conjoint, enfants à charge), auquel s’ajoute une rente d’éducation pour les enfants mineurs. Ce volet décès reste distinct du mécanisme d’arrêt de travail et d’invalidité, et mérite une vérification séparée du contrat de prévoyance individuelle, notamment pour un kiné dont le conjoint ne travaille pas.
En résumé
- Carence de 3 jours, puis IJ CPAM à 50 % du revenu (plafond 197,51 €/jour) jusqu’au 90e jour.
- Relais CARPIMKO forfaitaire de 55,44 €/jour à partir du 91e jour, pendant 3 ans maximum.
- Aucune indemnité sans 12 mois d’affiliation continue, un piège fréquent pour un remplaçant qui débute.
- Après 3 ans, bascule possible vers une rente d’invalidité, mais seulement si le seuil de 66 % est atteint.
- La prévoyance complémentaire ne raccourcit aucun délai : elle comble l’écart de montant, pas de calendrier.
Pour aller plus loin sur le calibrage d’une prévoyance individuelle propre à la profession, voir la prévoyance de la sage-femme libérale et le guide de la prévoyance par profession.
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