Prévoyance : TNS ou assimilé salarié, qui est mieux protégé ?
Prévoyance : TNS ou assimilé salarié, qui est mieux protégé ?
C’est l’un des débats récurrents quand un entrepreneur choisit sa structure juridique : SARL avec gérant majoritaire (TNS) ou SASU avec président (assimilé salarié) ? Sur le volet de la protection sociale, les deux statuts n’offrent pas les mêmes garanties, et la réponse n’est pas aussi simple que “l’assimilé salarié est mieux protégé”.
Le vrai match : cotisations vs couverture réelle.
Les deux statuts en 30 secondes
TNS (Travailleur Non Salarié) : gérant majoritaire de SARL, professionnel libéral, artisan, commerçant. Il cotise à la SSI (artisans/commerçants) ou à sa caisse sectorielle (libéraux). Taux global de charges sociales : environ 45 % du revenu net, mais calculé sur le seul bénéfice professionnel.
Assimilé salarié : président de SAS/SASU, gérant minoritaire de SARL. Il cotise au régime général sur sa rémunération. Taux global de charges patronales + salariales : environ 75-80 % du salaire brut.
La différence de coût des charges est réelle — mais elle ne signifie pas que la couverture de l’assimilé salarié vaut 75 % et celle du TNS 45 %. Ce qui compte, c’est ce que chaque régime verse réellement en cas de pépin.
Comparatif des garanties obligatoires
| Garantie | TNS | Assimilé salarié (régime général) |
|---|---|---|
| IJ maladie | Après carence (3 à 90 jours selon caisse), 50 % revenu — max 63,52 €/j (SSI) ou IJ caisse pour libéraux | Après 3 jours de carence, 50 % du salaire — max 52,28 €/j (IJSS 2026) |
| Durée max IJ | 3 ans (1 095 jours) | 3 ans renouvelables selon affection |
| Rente invalidité | Oui (caisses libérales) ou SSI, montant variable | Oui (régime général), 3 catégories |
| Capital décès | Variable (caisses) ou capital de base SSI | Capital Décès SS : 3 682 € (plafond 2026) |
| Prévoyance collective | Non (sauf si accord de branche) | Possible via accord d’entreprise ou convention collective |
| Chômage | ❌ Aucun (hors assurance volontaire) | ✅ France Travail si révocation sans faute grave |

Ce que le tableau ne dit pas : la couverture nette réelle
Sur les IJ : les deux régimes semblent similaires en surface. La différence se creuse sur l’arrêt long. Un assimilé salarié avec un contrat de prévoyance collective d’entreprise peut voir ses IJ portées à 70-80 % du salaire net. Le TNS sans prévoyance complémentaire reste plafonné à 63,52 €/j (SSI) ou à des montants limités selon sa caisse.
Sur le capital décès : l’assimilé salarié ne touche que 3 682 € de capital décès de base au titre du régime général — une somme quasi-symbolique. Le TNS reçoit selon sa caisse : la CARMF verse 70 000 €, la CARPIMKO des montants variables selon la classe. Sur ce point, certaines caisses libérales surpassent le régime général.
Sur le chômage : l’assimilé salarié perçoit des allocations France Travail si sa révocation est prononcée dans les formes. Le TNS n’a rien — sauf s’il a souscrit un contrat GSC (Garantie Sociale des Chefs d’entreprise) à titre volontaire.
Le coût des charges : le vrai calcul à faire
L’argument classique “le TNS cotise moins donc il paye moins” est vrai brut, mais il masque une réalité : pour avoir une protection équivalente à un assimilé salarié bien couvert, un TNS doit souscrire une prévoyance individuelle complémentaire.
Sur le terrain, je vois trop de pros qui raisonnent en “charges moins élevées = bénéfice plus élevé” sans prendre en compte le coût de la protection manquante. Voici un exemple :
Gérant majoritaire de SARL BNC 100 000 € :
- Charges sociales SSI : ~45 000 €
- Prévoyance complémentaire Madelin nécessaire : ~3 000-5 000 €/an
- Protection effective : IJ + invalidité + décès convenablement couverts
Président de SASU rémunéré 100 000 € brut :
- Charges patronales + salariales : ~75 000-80 000 €
- Prévoyance collective éventuelle : incluse ou faible surcoût
- Protection effective : IJ + invalidité + décès + chômage potentiel
Le TNS paie moins de charges mais doit financer sa propre couverture. L’assimilé salarié paie plus mais dispose d’une base de protection intégrée.
Madelin : l’avantage fiscal qui rééquilibre la balance
Ce que le tableau ne montre pas : la déductibilité Madelin dont bénéficie le TNS. Les cotisations de prévoyance complémentaire Madelin sont déductibles du bénéfice professionnel, réduisant directement l’impôt dû.
Pour un TNS au TMI 41 %, une cotisation Madelin de 5 000 €/an coûte réellement 2 950 € net d’impôt. L’assimilé salarié qui paie une prime de prévoyance complémentaire sur ses deniers personnels ne bénéficie d’aucune déductibilité équivalente (sauf contrat collectif employeur).
Cet avantage fiscal réduit significativement l’écart de coût réel entre les deux statuts sur la protection sociale.
Le verdict : ça dépend de votre situation
Il n’y a pas de statut universellement “meilleur” pour la protection sociale. La décision dépend de :
- Votre niveau de revenu : à revenus faibles, le TNS cotise peu et peut manquer de couverture minimale. L’assimilé salarié a une couverture de base plus solide.
- Votre caisse d’affiliation : un médecin CARMF ou un kiné CARPIMKO a une couverture libérale souvent meilleure que l’assimilé salarié moyen.
- Votre souhait de compléter : si vous êtes prêt à souscrire une prévoyance Madelin robuste, le TNS peut offrir une protection totale équivalente à moindre coût net.
- Le chômage : si la protection chômage est une priorité, l’assimilé salarié garde un avantage structurel.
Pour comparer les spécificités selon votre forme juridique — gérant majoritaire de SARL ou président de SASU : et .
Questions fréquentes
Un gérant majoritaire peut-il se verser un salaire et cotiser au régime général ? Non. Le gérant majoritaire de SARL est obligatoirement TNS, quel que soit le montant de sa rémunération. S’il perçoit des dividendes, une partie peut basculer en cotisations SSI (au-delà de 10 % du capital social pour les gérants majoritaires).
Peut-on passer de TNS à assimilé salarié ? Oui, en changeant de forme juridique (transformation SARL en SAS par exemple) ou en cédant des parts pour passer gérant minoritaire. Ce changement a des implications fiscales et sociales importantes — à anticiper avec un expert-comptable.
L’assimilé salarié bénéficie-t-il d’une prévoyance collective obligatoire ? Pas automatiquement. La loi impose une prévoyance collective dans les entreprises pour les cadres (ANI 1947), mais pour un dirigeant de SASU qui est son seul salarié, il n’y a pas d’obligation légale de prévoyance collective.
Julien Vasseur
Conseiller en protection sociale des indépendants depuis 15 ans.