Fiscalité Madelin

Capital décès Madelin : quelle fiscalité pour les bénéficiaires ?

Par Julien Vasseur 8 min de lecture
Enveloppe et carnet sur un bureau en bois avec une tasse de café, symbole des documents de succession

Capital décès Madelin : quelle fiscalité pour les bénéficiaires ?

La fiscalité capital décès Madelin tient en une phrase qu’on entend souvent en rendez-vous : « c’est non imposable ». C’est vrai, mais incomplet, et c’est justement le point qui coûte cher à ceux qui s’arrêtent là. Le capital échappe à l’impôt sur le revenu, dans les deux régimes (Madelin comme droit commun), comme le détaille notre comparatif droit commun ou Madelin et notre page sur la fiscalité des prestations. Mais une deuxième couche de fiscalité existe, distincte de l’impôt sur le revenu, et elle dépend entièrement de qui touche le capital et comment la clause bénéficiaire a été rédigée. Voici ce que vos proches perçoivent réellement, une fois les deux couches passées en revue.

Ce qui n’est pas imposé : l’impôt sur le revenu

Premier point, le plus simple : le capital décès versé en une fois à vos bénéficiaires n’entre dans aucune case de leur déclaration de revenus. Contrairement aux cotisations que vous avez déduites chaque année de votre bénéfice imposable via le mécanisme de déduction Madelin, la prestation versée au décès n’est pas requalifiée en revenu imposable pour celui qui la reçoit.

C’est là que la confusion s’installe. Sur un contrat Madelin, les indemnités journalières et la rente d’invalidité, elles, sont imposables : ce sont des revenus de remplacement qui viennent se substituer à votre activité. Le capital décès suit une logique différente : ce n’est pas un revenu de substitution pour le bénéficiaire, c’est une transmission. Et une transmission relève d’un autre régime fiscal, celui des droits de mutation, pas celui de l’impôt sur le revenu.

Le point qu’on oublie : la fiscalité successorale

« Non imposable » veut dire non imposable à l’impôt sur le revenu. Ça ne veut pas dire net de tout prélèvement. Le capital décès issu d’un contrat de prévoyance suit un régime spécifique de droits de mutation par décès, distinct du droit commun des successions mais bien réel, régi par les articles 990 I et 757 B du Code général des impôts (CGI). Concrètement, ça donne quoi ? Tout dépend de deux paramètres : le lien entre le bénéficiaire et vous, et l’âge que vous aviez au moment de verser les primes.

Le conjoint et le partenaire pacsé : l’exonération totale

Si le bénéficiaire désigné est votre conjoint marié ou votre partenaire de PACS, la question de la fiscalité successorale ne se pose même pas : l’article 796-0 bis du CGI l’exonère intégralement de droits, quel que soit le montant du capital. Cette exonération, issue de la loi TEPA de 2007, s’applique aussi bien aux droits de succession classiques qu’au prélèvement spécifique de l’article 990 I.

Une seule condition compte vraiment : le conjoint ou le partenaire pacsé doit être explicitement nommé dans la clause bénéficiaire du contrat. Un concubin, même après quinze ans de vie commune, n’a aucune exonération automatique : sans clause le désignant nommément, il n’a même pas droit au capital.

Enfants et autres bénéficiaires : l’abattement de 152 500 € par tête

Pour un enfant, un parent ou un tiers désigné, le régime change. L’article 990 I du CGI s’applique aux primes versées avant les 70 ans de l’assuré : chaque bénéficiaire profite d’un abattement personnel de 152 500 €. Au-delà, un prélèvement forfaitaire de 20 % s’applique jusqu’à 700 000 €, puis 31,25 % sur la fraction supérieure.

Faites le calcul sur un cas concret. Julien Martin, 48 ans, a souscrit un contrat de prévoyance Madelin avec un capital décès de 70 000 € (l’équivalent du capital versé par la CARMF aux médecins, à titre de comparaison de régime obligatoire), réparti à parts égales entre ses deux enfants, Camille et Nicolas. Chacun perçoit 35 000 €, largement sous l’abattement de 152 500 € : aucun prélèvement, aucune déclaration à effectuer sur ce montant. C’est le cas de la grande majorité des capitaux décès versés dans le cadre d’une prévoyance TNS, dont les montants restent en dessous du seuil d’abattement individuel.

Le prélèvement de l’article 990 I ne mord réellement que sur les capitaux dépassant 152 500 € par bénéficiaire, un niveau rarement atteint par les seules garanties décès Madelin (qui se chiffrent le plus souvent entre 30 000 € et 300 000 €), sauf empilement de plusieurs contrats ou capital très généreux couplé à peu de bénéficiaires désignés.

BénéficiaireRégime applicableAbattementAu-delà de l’abattement
Conjoint marié ou partenaire pacséExonération totale (art. 796-0 bis)IllimitéRien
Enfant, parent, tiers (primes avant 70 ans)Article 990 I CGI152 500 € par bénéficiaire20 % jusqu’à 700 000 €, puis 31,25 %
Enfant, parent, tiers (primes après 70 ans)Article 757 B CGI30 500 € global, tous bénéficiaires confondusDroits de succession classiques

Primes versées après 70 ans : un régime nettement moins favorable

Si vous avez versé des cotisations sur votre contrat après votre 70e anniversaire, le régime bascule sur l’article 757 B du CGI. L’abattement chute à 30 500 €, et surtout, il devient global : il se partage entre tous les bénéficiaires, pas par tête. Au-delà, la fraction excédentaire est soumise aux droits de succession classiques, calculés selon le barème et le lien de parenté avec chaque bénéficiaire.

Le piège classique, c’est de continuer à cotiser après 70 ans sur un contrat Madelin sans avoir anticipé ce changement de régime, alors qu’un rythme de versement adapté aurait pu limiter l’impact pour les bénéficiaires non exonérés.

La rente décès suit une autre règle que le capital

Tout ce qui précède concerne un versement en capital, en une fois. Si votre contrat prévoit une sortie en rente (rente de conjoint survivant, rente éducation pour les enfants), la fiscalité change complètement : la rente est imposée à l’impôt sur le revenu du bénéficiaire, dans la catégorie des pensions, avec un abattement de 10 %, et soumise aux prélèvements sociaux. Sur le terrain, je vois trop de pros qui comparent un capital Madelin à une rente Madelin en ne regardant que le montant brut affiché, sans intégrer que l’un échappe à l’impôt sur le revenu et l’autre non. Le plafond Madelin 2026 détaille comment ce choix capital ou rente s’articule avec le plafond de déduction à l’entrée du contrat.

La clause bénéficiaire : le document qui décide de tout

Rien de ce qui précède ne s’applique correctement si la clause bénéficiaire de votre contrat est floue ou périmée. « Mes héritiers » ou « mon conjoint » sans précision de nom expose à des lectures contestables en cas de recomposition familiale, de divorce ou de remariage. Une clause type devenue obsolète après un changement de situation personnelle peut envoyer le capital à une ex-personne de référence, ou priver un nouveau conjoint pacsé de l’exonération à laquelle il aurait eu droit s’il avait été nommé explicitement.

Relisez votre clause bénéficiaire à chaque événement de vie : mariage, PACS, naissance, divorce. C’est un document de deux lignes qui pèse directement sur ce que vos proches touchent réellement.

Questions fréquentes

Le capital décès Madelin doit-il être déclaré aux impôts ? Non, pas à l’impôt sur le revenu : le bénéficiaire n’a rien à reporter sur sa déclaration 2042 au titre de ce capital. Selon le montant et le lien de parenté, une déclaration peut en revanche être nécessaire au titre des droits de mutation (article 990 I ou 757 B), généralement effectuée par l’assureur qui prélève directement le montant dû avant versement.

Le capital décès entre-t-il dans la succession classique ? Non. Le capital versé au titre d’un contrat de prévoyance échappe aux règles civiles de la succession (partage entre héritiers, réserve héréditaire) : c’est le principe de stipulation pour autrui prévu par le Code des assurances. La fiscalité des articles 990 I et 757 B s’applique en parallèle, mais reste distincte du calcul successoral classique.

Que se passe-t-il si le capital est versé à plusieurs bénéficiaires ? L’abattement de 152 500 € (primes avant 70 ans) s’apprécie individuellement, par bénéficiaire, et non sur le montant total du capital. Un capital de 200 000 € réparti entre trois enfants reste ainsi intégralement sous les abattements respectifs de chacun.

Un capital décès Madelin est-il plus taxé qu’un capital décès en droit commun ? Non, la fiscalité successorale (990 I / 757 B) s’applique de la même façon, que le contrat soit Madelin ou de droit commun : elle dépend du bénéficiaire et de l’âge de versement des primes, pas du régime fiscal choisi à l’entrée. Seule la fiscalité à l’entrée (déduction des cotisations) diffère entre les deux régimes, comme détaillé dans notre comparatif droit commun ou Madelin.

Faut-il choisir un contrat hors Madelin pour optimiser la fiscalité du capital décès ? Pas sur ce seul critère : la fiscalité du capital décès pour les bénéficiaires étant identique dans les deux régimes, l’arbitrage Madelin ou droit commun doit se faire sur d’autres paramètres (déduction à l’entrée, imposition des indemnités journalières et de la rente). Voyez notre guide pour choisir sa prévoyance TNS pour la méthode complète.

Julien Vasseur

Conseiller en protection sociale des indépendants depuis 15 ans.